mercredi 15 février 2017




Opération Overlord terminée !



L'Empire angloricain est heureux de récompenser ses plus précieux collaborateurs : ces agents de l’intérieur censés en première ligne pour défendre la langue française, en réalité habiles à introduire dans l’hexagone un cheval de Troie porteur de la seule valeur qui vaille, notre civilisation anglo-ricaine avec sa langue en porte-étendard.

L'Empire angloricain leur décerne ses "Rethondes" ainsi que deux prix spéciaux.



Une réussite totale couronne 60 années d’efforts pour convertir la France aux bienfaits de la colonisation angloricaine. La dernière poche de résistance a cédé : le créneau "enfant". Impossible désormais de trouver un vêtement pour bébé sans sigle angloricain. Obligation de fait aux bambins de 6 ans d’apprendre l’angloricain.

 Publicitaires ou politiques, d’entreprise ou d’Etat, écrites ou audiovisuelles, à usage interne ou externe, toutes les communications se déshonoreraient à ne pas se faire  partiellement voire entièrement en angloricain.

 Pas un événement – du salon à  portée internationale au vide-grenier de Bécon-les-Bruyères – qui ne se pare d’un intitulé angloricain.

 Quant à la langue française elle-même, ou bientôt ses cendres, plus un concept nouveau sans racine anglo-saxonne. Mieux (pire, soupirera le réac sanflorain) les mots les plus courants se voient heureusement évincés par leur ersatz angloricain. Au panier les "carrés d’as" voilà les "final four". Finis les florilèges, les necs plus ultra, les meilleurs moments, vive le mono-règne  du best of. Ne choisissez plus entre "entraîner", "conseiller" ou "cornaquer" ; soyez in et fun avec "coacher".
 "Audition" et "distribution" fusionnent en "casting". L’auto-portrait finement rebaptisé "ego-portraits" par les Québécois, le "selfie" en fait litière… Les exemples morts se ramassent à la pelle. Des langues - comme l'espagnol - nationalisent les emprunts étrangers. Les Français prennent le contrepied : non seulement ils ne francisent pas les vocables angloricains... mais ils angloricanisent leurs propres tournures ! Résumons : le français moderne n’aime plus, il like !

 Les bases de la  syntaxe ? "By" chasse "par" et "versus dégage "contre". "Mon", "ma", "mes" se raccourcissent en "my", oubliez grand ou gros, "big" les remplace. On "impacte", on "contacte". On "matche" deux trucs allant ensemble. Et l'on évoque les "dernières 48 heures". "Minimes", "cadets", "juniors " ? Au vestiaire, et vive les "U12" ou les "U 16". Bref on angloricanise la langue française.

 En 1994 une tapée de gugusses rédigea une loi protectrice dite "Toubon" au prétexte que l’angloricain menaçait non plus d’étoffer mais d’étouffer le français… Ces Cassandre voyaient dangereusement juste. Heureusement leur répondit une flopée de sarcasmes inconscients, tandis que les zozautorités compétentes s’empressèrent de garantir l'impunité aux  contrevenants. Merci à elles, sans qui la lutte promettait de durer.



 Précisément, nous, Empire Angloricain, tenons à exprimer notre vive reconnaissance à nos plus méritants collaborateurs.

 Nous avons choisi, classés en cinq catégories, des personnalités ou organes particulièrement efficaces dans leur soutien à la cause. Cette sélection causera bien des déceptions parmi tant de gens de grand mérite, mais il fallait trancher.



 Le 6 juin 2017, devant la résidence (ex hôtel) du Parc à Vichy, nous remettrons donc aux entités citées ici leur prix, au nom évocateur de "Rethondes", matérialisé par une maquette au 50 e du célèbre wagon dans lequel la France déposa ses armes aux pieds de son maître.
 Nous décernons également un "prix spécial du jury" et, last but not least, un "grand prix Pierre Laval".

Vous recevez ce texte dans sa traduction française, effet de notre délicatesse à l'égard de ces réserves où finissent de s'éteindre les particularismes nationaux.





 Sa contribution exceptionnelle au triomphe des valeurs angloricaines  vaut à la campagne "JO de 2024 à Paris"  le très convoité "Grand prix Pierre Laval".


Cliquer ici donne accès au panégyrique des impétrants, têtes de pont du "projet Paris 2024". Ils recevront en récompense de leur loyauté une réplique modèle réduit de la locomotive ayant convoyé Monsieur le chancelier Hitler jusqu'à la prairie de Montoire où fut engagé, entre vainqueurs et vaincus, le principe de la collaboration.






Le prix spécial du jury est attribué à la population française.



Le jury de notre Empire tient à saluer l’immense majorité de la population française, toutes classes sociales confondues, sans la collaboration de laquelle rien n’aurait été possible.






 À l’instar de son aïeule de 1940, si empressée à se comporter en laquais, si prompte à « vivre avec son temps » comme l’exprimait judicieusement le regretté Pierre Laval, cette population a judicieusement pris conscience que la position « couché au pied du maître » assurait le pain, les jeux, et la sécurisation, triptyque fondant une vie pépère préservée des vicissitudes de la station debout.

À Molière, Proust, Camus ou Mauriac, préférer Kim Kardashian. Chanter « happy birthday » aux anniversaires des enfants. Tenir en angloricain tout colloque entre Français où se serait glissé un flamand. Décliner de cent façons la bannière étoilée ou l'union jack, remisant au sous-sol les trois couleurs maternelles. Accepter sans sourciller de voir notre langue (que Gold la bénisse) chasser le français pour titrer films, marques, événements, émissions de télé et maintenant livres…

Et dans le même temps tenir des discours ampoulés sur le refus de l’uniformisation et le rejet du colonialisme…

Pareille aveuglem… pardon, pareille abnégation méritait bien notre prix spécial.



Le jury unanime